vendredi 18 mai 2018

Tout ce que tu feras sera dérisoire, mais il est essentiel que tu le fasses.

Gandhi

jeudi 17 mai 2018

La psychanalyse est une expérience où le patient est pris au sérieux, notamment parce que l'analyste traite de tout ce que dit et fait le patient comme des communications potentiellement douées de sens pour l'analyste.

Thomas H. Ogden, Cet art qu'est la psychanalyse

mercredi 16 mai 2018

Il arrive que le langage, son équivoque, donne subtilement à entendre l'ambivalence. Par exemple : "Je ne veux que ton bien..."

Jacques André, "Ambivalence", Les 100 mots de la psychanalyse

mardi 15 mai 2018

Ce qui t'appartient n'est pas mesurable.

Pierre-Albert Jourdan, Les Sandales de paille

lundi 14 mai 2018

Des révolutionnaires qui voulaient remplacer
Les méfaits de leurs pères par leurs propres excès

Jean-Jacques Goldman, Bienvenue sur mon boulevard

vendredi 4 mai 2018

Attention le chocolat fait rétrécir les jeans.

Anonyme

jeudi 3 mai 2018

Notre culture sociétale se caractérise par un besoin de plus en plus grand d’obtenir des satisfactions individuelles et rapides, avec une perception du temps qui s’accélère de plus en plus, la substitution des valeurs économiques et commerciales aux valeurs spirituelles et affectives, une fragmentation du tissu social qui entraîne une pléthore d’équivalents dépressifs, des modes de vie qui exaltent de faux besoins en même temps que diminue le nombre de ceux qui peuvent y accéder, un allongement de la période de dépendance aux parents qui coexiste avec des injonctions d’autonomie irréalisables pour les jeunes. Dans ce monde qui va vite, où tout se sait, où tout se dit et se montre, nombreux sont ceux qui peinent à se construire un sentiment d’identité propre et ont recours aux pires manières d’y arriver. Nombreux sont ceux qui n’y trouvent pas leur place et sombrent d’une manière ou d’une autre dans la désespérance. Ce sont eux qui nous consultent (dans le meilleur des cas).

Les aider n’est pas une tâche facile et c’est devenu un grand marché. Nous voulons partager ici notre inquiétude quant au développement de pratiques de soins qui essaient de faire l’économie de la complexité psychique au profit de la rentabilité illusoire du soin. Le temps du psychisme n’est pas le temps de l’entreprise ni celui des politiques d’austérité. Quand des mécanismes psychologiques ont mis dix, vingt, trente, quarante ans à s’installer, il est mensonger, arbitraire et manipulateur, de donner à penser qu’il est possible de les assainir rapidement. C’est le cas aussi quand des traumatismes violents ont traversé plusieurs générations ou quand des traumatismes précoces ont perturbé l’évolution souhaitable de la croissance psychique. Il nous semble indispensable de faire comprendre à quel point une approche clinique de ces pathologies doit pouvoir s’appuyer sur une démarche progressive et processuelle et qu’un renoncement à des formules instantanées ou ultra rapides est la condition sine qua non d’une véritable évolution.

Nous voulons aussi partager notre inquiétude quant au développement de pratiques de soin qui essaieraient de faire l’économie de l’existence des inconscients humains. « Déconditionner », « corriger », faire appel à la volonté, c’est méconnaître la face cachée de l’iceberg et tromper les patients sur leur véritable fonctionnement interne.

Et que dire de toutes les formules magiques qui leur sont proposées et qui exploitent commercialement leur besoin d’espérer voir leur crédulité ?

Liliane Dirkx, Après cinquante numéros... in Cahiers de psychologie clinique n° 50

mercredi 2 mai 2018

Je suis prisonnière de mes émotions. Il faut raconter son histoire, puis l'oublier.

Louise Bourgeois, Destruction du père. Reconstruction du père

vendredi 27 avril 2018

Véritablement bon est l'homme rare qui jamais ne blâme les gens des maux qui leur arrivent.

Paul Valéry, Choses tues

jeudi 26 avril 2018

Le vrai miracle n'est pas de marcher sur les eaux ni de voler dans les airs : il est de marcher sur terre.

Houeï Neng

mercredi 25 avril 2018

Dans les états dépressifs mélancoliques, la libido semble régresser jusqu'au stade le plus précoce du développement. Cela veut dire qu'au niveau inconscient, le mélancolique éprouve vis-à-vis de son objet sexuel un désir d'incorporation. Inconsciemment, il existe une tendance à avaler l'objet, à le détruire.

Karl Abraham, Examen de l'étape prégénitale la plus précoce du développement de la libido

mardi 24 avril 2018

L'écriture de ce livre a, dès le commencement, revêtu à mes yeux une dimension profondément personnelle. Un peu comme le sentiment d'écrire, des années durant, une suite de lettres à un collègue pour lui raconter la façon dont je concevais la psychanalyse à cette époque de ma vie. Il va de soi que tout ce que je crois à ce jour concernant la théorie et la pratique de la psychanalyse ne cesse d'évoluer, y compris à fur et à mesure que j'écris (ou, pour être plus précis, surtout dans l'acte même d'écrire). Borges a déclaré avoir passé toute sa vie à réécrire son premier livre de poèmes. J'éprouve un sentiment similaire à l'égard de mes tentatives de mettre ne mots ma compréhension de ces aspects de la psychanalyse qui sont les plus importants pour moi, et de dire comment ils sont devenus partie prenante de ce que je suis et du psychanalyste que je deviens. Ce livre représente ma contribution la plus récente à cet effort de toute une vie.

Thomas H. Ogden, Cet art qu'est la psychanalyse

lundi 23 avril 2018

Les analystes, soutient Bion, ont besoin de faire disparaître de leur mental le bruit de fond du monde sensible pour devenir plus réceptifs aux autres messages du monde psychique.

Sudhir Kakar, Fou et divin

vendredi 20 avril 2018

Il est difficile de repérer la frontière entre l'orgueil ordinaire et le sentiment de toute-puissance ; de mon point de vue, le manque de reconnaissance contribue à l'intensification de l'omnipotence.

Eric Brenman, Recovery of the Lost Good Object

jeudi 19 avril 2018

Certaines personnes se comportent, au cours du travail analytique, d'une façon tout à fait singulière. Quand on leur donne de l'espoir et qu'on leur montre qu'on est satisfait de la marche du traitement, ils paraissent mécontents et leur état subjectif s'aggrave régulièrement. On voit d'abord dans ce fait une manifestation de leur esprit de contradiction et le désir de montrer leur supériorité sur le médecin. Mais on ne tarde pas à constater qu'il s'agit d'un phéno­mène beaucoup plus profond. On s'aperçoit non seulement que ces personnes sont incapables de louange et de reconnaissance, mais aussi qu'elles réagissent aux progrès du traitement d'une manière opposée à celle à laquelle on pourrait s'attendre en toute logique. Tout progrès partiel qui devrait avoir, et a effecti­vement chez d'autres pour conséquence une amélioration ou une disparition passagère des symptômes, se traduit chez elles par une aggravation momen­tanée de leur mal, et leur état, au lieu de s'améliorer, s'aggrave au cours du traitement. Elles présentent ce qu'on appelle la réaction théra­peutique négative.

Sigmund Freud, Le Moi et le Ça

mercredi 18 avril 2018

Ils [les fantasmes originaires] sont également au nombre de cinq, pour suivre les suggestions de Freud [...] :

I. retour au ventre maternel,

II. castration,

III. séduction,

IV. meurtre cannibalique,

V. scène primitive.

François Duparc, Le Travail du psychanalyste

mardi 17 avril 2018

Qui n'a pas assez de confiance,
ne trouve pas de confiance.

Lao-Tseu, Tao Te King, XVII (traduction Marcel Conche)

lundi 16 avril 2018

Ce n'est pas la psychanalyse qui est nouvelle, mais Freud. De même que ce n'était pas l'Amérique qui était nouvelle, mais Christophe Colomb.

Arthur Schnitzler, Relations et solitudes - aphorismes

vendredi 13 avril 2018

Se séparer de soi-même sans s'effondrer, sans tomber dans un chaos où tout est confondu. C'est à quoi servent le rêve, la psychanalyse, la lecture, l'écriture, les voyages parfois, mais toujours moins qu'on ne l'espérait.

J.-B. Pontalis, En marge des nuits

jeudi 12 avril 2018

Nous vivons avec quelques arpents de passé, les gais mensonges du présent et la cascade furieuse de l'avenir. Autant continuer à sauter à la corde, l'enfant-chimère à notre côté.

René Char, Fenêtres dormantes et porte sur le toit

mercredi 11 avril 2018

Passons donc en revue les demandes les plus fréquentes des sujets qui viennent consulter un psychanalyste. Ces demandes, pour résumer les enjeux stratégiques en jeu, visent principalement à :

I. soulager une souffrance, soigner une maladie ;

II. affronter une séparation, faire un deuil imprévu ou inéluctable ;

III. retrouver une certaine liberté par rapport aux répétitions stériles, aux impasses (ce que nous appelons dans notre jargon la compulsion de répétition) ;

IV. mieux comprendre son histoire, son héritage, et comment en faire un meilleur usage ;

V. lutter contre une incapacité à s'engager dans des projets affectifs ou professionnels, contre une perte de créativité.

François Duparc, Le Travail du psychanalyste

lundi 9 avril 2018

Selon moi, l’un des facteurs de cette crise [de la psychanalyse] ne vient pas tant de la mise en cause des découvertes psychanalytiques sur l’inconscient, que du fait que le potentiel thérapeutique de l’analyse demande encore à être pleinement développé.

Franco De Masi, Quelle formation pour l’analyste du XXIe siècle?

vendredi 6 avril 2018

Le cœur se serre à la séparation des songes tant il y a peu de réalité dans l'homme.

François-René de Chateaubriand, Vie de Rancé

jeudi 5 avril 2018

L’importance fonctionnelle du Moi s’exprime en ceci qu’il lui est concédé normalement la maîtrise des passages à la motilité. Il est semblable ainsi, par rapport au Ça, au cavalier censé tenir en bride la force supérieure du cheval, à ceci près que le cavalier tente la chose avec des forces propres, tandis que le Moi le fait avec des forces empruntées. Cette comparaison nous emmène un peu plus loin. De la même façon qu’il ne reste souvent pas d’autre solution au cavalier, s’il ne veut pas se séparer du cheval, que de le conduire là où il veut aller, le Moi a coutume lui aussi de convertir la volonté du Ça en action, comme si cette volonté était la sienne propre.

Sigmund Freud, Le Moi et le Ça

mercredi 4 avril 2018

Nul ne nous a obligés à devenir psychanalystes. Mais si nous prenons l'initiative de le devenir, il nous faut avoir le courage d'être sincères et conséquents.

André Green

mardi 3 avril 2018

Le concept d'impasse analytique est récent et s'inspire de la vision de la thérapie comme processus de développement, avec une histoire et une évolution naturelles.

Franco De Masi, Leçons de psychanalyse

vendredi 30 mars 2018

Rêver, c'est tenter de maintenir l'impossible union avec la mère, préserver une totalité indivise, se mouvoir dans un espace d'avant les temps.

J.-B. Pontalis, Entre le rêve-objet et le texte-rêve

jeudi 29 mars 2018

Que faites-vous en ce moment ?
- Je souffre.

Alphonse Daudet, La Doulou

mercredi 28 mars 2018

Chagrin : "Ce mot a pour usagers des enfants et les amoureux. Mine de rien le mot chagrin couvre un immense territoire : tout ce qui revient blessé de l'enfance et de l'amour."

Florence Delay, La Fin des jours ordinaires

mardi 27 mars 2018

Inventer, c'est penser à côté.

Albert Einstein

lundi 26 mars 2018

La liberté commence où l'ignorance finit.

Victor Hugo, Océan prose

vendredi 23 mars 2018

Le meilleur conseil que je puisse donner à quelqu'un pour réussir [...], c'est de ne pas écouter les bruits du monde, mais écouter le silence de l'âme. Tous les gens te diront dans la vie : c'est impossible, t'es trop loin, c'est pas faisable, c'est trop dur. Ça, c'est les bruits du monde ! Mais les gens n'écoutent jamais le silence, qui est un son de l'âme. C'est-à-dire se remettre sur soi-même, à l'intérieur de soi-même et de demander à soi-même ce que l'on veut réaliser dans la vie...

Jean-Claude Van Damme

jeudi 22 mars 2018

Non liquet.

Ce n'est pas clair.

Locution latine

mercredi 21 mars 2018

Pour quel obscur motif ce mot Limbes dont je prolonge la première syllabe et qui paraît se tenir à mi-chemin entre le clair et le sombre exerce-t-il sur moi un tel attrait ? Souhaiterais-je séjourner dans le limbe des enfants ? N'aimerais-je que les pensées à l'état naissant qui se refusent à être cernées ? Serais-je épris de ces rêves qui tiennent lieu de réalité ? Ne serais-je touché que par ceux qui n'ont pas une identité bien assurée, qui ne sont pas ce qu'ils sont ou croient être, et alors les femmes, plus que les hommes, seraient ces êtres-là, incertains, insaisissables, celles qu'on ne saurait baptiser, celles qui seraient toujours en attente d'on ne sait trop quoi ?

J.-B. Pontalis, L'enfant des limbes

mardi 20 mars 2018

Contrairement à la tendance actuelle qui se concentre sur la pensée de l'analyste au travail, je suis convaincu que l'imagination et les fantasmes de l'analyste ne peuvent pas constituer le cœur du travail analytique. L'utilisation de ces éléments ne se justifie que s'ils se rattachent aux expériences précoces de l'enfance du patient, et en prenant en compte l'histoire individuelle et la psychopathologie de celui-ci.

Franco De Masi, Leçons de psychanalyse

lundi 19 mars 2018

Mais savoir que c'est vrai les place devant un choix : soit décider d'agir, soit rester dans le déni et s'en prendre au messager en me reprochant d'avoir flingué leur vie de merde.

Série Jessica Jones, saison 1, épisode 1, scénario de Melissa Rosenberg

vendredi 16 mars 2018

- Bouhouuuu les hommes sont vraiment tous les mêmes.

- Bien sûr !... D'ailleurs je me demande pourquoi tu en changes tout le temps.

Faro, L'Almanach Vermot 2018

jeudi 15 mars 2018

Aimer ce n'est point nous regarder l'un l'autre, mais regarder ensemble dans la même direction.

Antoine de Saint-Exupéry, Terre des hommes

mercredi 14 mars 2018

Aujourd’hui est un fauve. Demain verra son bond.

René Char, Le nu perdu

mardi 13 mars 2018

[...] l'être humain est traducteur. Dès l'enfance ce dernier est voué à devenir un traducteur, traducteur des messages qui lui sont adressés par l'autre adulte, traducteur de messages énigmatiques ressortissant au monde des adultes qui lui revient de traduire dans sa langue d'enfant. De l'approfondissement de cette idée directrice il tirera une théorie traductive du refoulement.

Christophe Dejours et Felipe Votadoro, Préface à La séduction à l'origine : l'œuvre de Jean Laplanche

lundi 12 mars 2018

L'idéal du bonheur c'est qu'on vous foute la paix.

Révérend-Père Humbert Biondi

vendredi 9 mars 2018

L'activité est indispensable au bonheur ; il faut que l'homme agisse, fasse quelque chose si cela lui est possible ou apprenne au moins quelque chose.

Arthur Schopenhauer, Aphorismes sur la sagesse dans la vie

jeudi 8 mars 2018

Comment pourrait-on échapper à ce qui jamais ne se couche ?

Héraclite, fragment 16

mercredi 7 mars 2018

Pour ce que nous avons été enfants avant que d'être hommes...

René Descartes, Discours de la méthode

mardi 6 mars 2018

Un être se rend libre en se consumant pour se renouveler, en se donnant ainsi le destin d’une flamme.

Gaston Bachelard, La flamme d'une chandelle

lundi 5 mars 2018

Un jour je vous dirai la différence entre le songe et le rêve
L'épluchure de l'esprit c'est le rêve
même si le fruit est parfait il y a des restes
Le songe est parole pour l'âme
même si la parole est imparfaite il y a le chant.

Denis Clavel, La théorie de Delphes

vendredi 2 mars 2018

Rappelez-vous une chose, qui vous sera d’une grande utilité, quoi que vous puissiez penser de lui en tant que personne, et quoi que ses successeurs aient fait ou pas, Freud avait raison. C’est une formule magique que vous devriez toujours garder avec vous dans votre sac, et utiliser chaque fois que le sens commun fait défaut.

Cyprian St. Cyr [Eric Berne], Letters to my wife’s maid

jeudi 1 mars 2018

Les déceptions ne tuent pas et les espérances font vivre.

George Sand

mercredi 28 février 2018

Ainsi le symptôme est chargé, peu à peu, de représenter d’importants intérêts, il devient un élément de l’auto-défense, il resserre toujours plus ses liens avec le moi, et lui devient indispensable. Il est bien rare que l’adoption d’un corps étranger puisse produire quelque chose de semblable. On pourrait d’ailleurs exprimer de façon exagérée l’importance de cette adaptation secondaire au symptôme, en disant que le moi, somme toute, ne crée le symptôme que pour jouir de ses avantages. Ce serait aussi juste ou aussi faux que de prétendre que le blessé de guerre s’est fait arracher une jambe par le tir de l’ennemi pour vivre ensuite de sa pension sans travailler.

Sigmund Freud, Inhibition, symptôme et angoisse

mardi 27 février 2018

Pas d'autre prière que l'attention. Pas d'autres démons que nos refoulements, nos illusions, nos espérances. Pas d'autres salut que la vérité, l'amour, l'action.

André Comte-Sponville [à propos de l'enseignement de Swami Prajnânpad], C'est chose tendre que la vie

lundi 26 février 2018

Contrairement à ce qu'on pense, la vérité historique n'est pas la vérité de ce qui arrive en fait, c'est la vérité de ce qui s'est passé à une certaine période de l'histoire de quelqu'un et dont il a fait une vérité interne : tout ce qu'il était capable d'en penser, et qui a continué à rester en lui.

André Green, Entretien avec Pierre Bayard et Jean Bellemin-Noël, revue Littérature

vendredi 23 février 2018

Psychologie Magazine : Vous écrivez : “Se séparer de soi : tâche aussi douloureuse qu’inéluctable et même nécessaire pour qui ne consent pas à rester sur place et que porte le désir d’avancer, d’aller au-devant de ce qui, n’étant pas soi, a des chances d’être à venir.” Est-ce cela, changer vraiment ?

J.-B. Pontalis : Oui, c’est aller hors de ce qui est connu de soi. C’est ce que j’ai toujours cherché. Avant de devenir psychanalyste, j’étais prof de philo. Un jour – j’avais 29 ans –, une élève d’hypokhâgne m’a dit : « Ils sont bien vos cours, mais on a l’impression que vous n’y croyez pas vraiment. » Sur le moment, ça ne m’a pas fait beaucoup d’effet, mais après j’ai réalisé qu’elle disait vrai : je maîtrisais le langage, le discours, mais je n’habitais pas mes mots. Il me fallait d’abord me dégager de mes maîtres, notamment de Sartre qui, quoique généreux, était si écrasant… En me séparant de Sartre, puis de Lacan, à chaque fois je me suis séparé, « dé-pris » de celui que j’étais à ce moment-là et des concepts qui me portaient alors – vous savez, on peut aussi se retrouver enfermé dans des concepts. Ç’a été long avant que je me reconnaisse vraiment dans ma parole, dans ce que j’écrivais. Ainsi y a-t-il pour chacun à se dégager des différentes identifications qui jalonnent sa vie. C’est cela, être vivant : essayer de ne pas rester figé dans un âge, dans une position, et aussi être capable de naviguer, de faire des allers-retours dans les différentes époques de sa vie : retrouver l’enfant en soi, sa part de féminité, sa révolte adolescente… Alors, tous les âges se télescopent, comme dans les rêves, où un élément de la veille et des souvenirs des toutes premières années se mélangent. L’important, c’est que ça bouge.

Entretien avec J.-B. Pontalis pour Psychologies Magazine

jeudi 22 février 2018

C'est donc ici que je distingue nettement deux aspects : le psychanalytique et le psychothérapeutique. Dans toute analyse il y a un aspect psychothérapeutique ; toutefois, dans le cas d'une analyse "classique" - je laisse de côté le problème des cas-limites et des psychoses -, c'est le patient qui fait la psychothérapie. En d'autres termes, l'aspect psychothérapeutique est à la charge du patient, tandis que l'aspect psychanalytique est pris en charge par l'analyste et le patient, ensemble.

Jean Laplanche. Après Lacan : le retour à la clinique. Entretiens et introduction par Fernando Urribarri

mercredi 21 février 2018

Doutons des théories et des explications, mais ne doutons pas de nos actes, ne tremblons pas au moment de les poser. Agir avec certitude... dans l'incertitude, voilà un slogan à graver en lettres d'or.

Yves-Alexandre Thalmann, Les trois désaccords

mardi 20 février 2018

Avec le temps j'en suis venu à penser que l'analyste s'intéresse surtout à la condition humaine, à l'être humain, pas à la maladie.

Jean Favreau

lundi 19 février 2018

Le sujet ne vient pas nous voir par ce qu'il fait partie d'une intelligentsia ni parce qu'il est mobilisé par un quelconque désir de savoir ; il vient parce qu'il souffre et pour que nous l'aidions à dépasser son conflit psychotique, névrotique ou autre, qui est cause de sa souffrance. C'est pourquoi je pense que la dimension thérapeutique est partie intégrante de ce que je fais quotidiennement quand je travaille comme analyste.

Piera Aulagnier, Après Lacan : le retour à la clinique. Entretiens et introduction par Fernando Urribarri

vendredi 16 février 2018

Certains analystes sont portés à voir l'effet de l'inconscient dans les réseaux associatifs que forme le fil du discours ; d'autres soulignent dans la parole adressée l'expression d'une situation répétée que le patient s'efforce de maîtriser ; d'autres encore se centrent sur l'émergence et la maturation de l'affect ressenti ; d'autres enfin attachent une attention particulière aux retournements paradoxaux qui font effet de rupture. Assurément, selon le patient et le moment de sa cure, tout analyste privilégie l'une ou l'autre de ces perspectives, mais il n'en reste pas moins vrai que le style propre issu de la formation de chacun dispose plus directement à l'une ou à l'autre de ces manières d'envisager le travail interprétatif.

Laurent Danon-Boileau et Jean-Yves Tamet (Dir.), Des psychanalystes en séance. Glossaire clinique de psychanalyse contemporaine

jeudi 15 février 2018

Jetons par terre un cristal, il se brisera non pas n'importe comment, mais suivant ses lignes de clivage en morceaux dont la délimitation, quoique invisible, était cependant déterminée auparavant par la structure du cristal. Cette structure fêlée est aussi celle des malades mentaux.

Sigmund Freud, La décomposition de la personnalité psychique

mercredi 14 février 2018

L'angoisse est la réaction au danger.

Sigmund Freud, Inhibition, symptôme et angoisse

mardi 13 février 2018

Si vous vous êtes mal comporté repentez-vous, faites amende honorable et promettez de mieux vous comporter la fois prochaine. Ne ressassez pas vos erreurs. Se trainer dans la boue n’a jamais été le meilleur moyen de se nettoyer.

Aldous Huxley, Le meilleur des mondes

lundi 12 février 2018

Le courage est le prix que la vie exige pour accorder la paix.

Amélia Earhart

vendredi 9 février 2018

L'humilité est l'antichambre de toutes les perfections.

Marcel Aymé, Clérambard

jeudi 8 février 2018

Quand j'étais petit je voulais devenir maître du monde, aujourd'hui je suis déjà très content quand j'arrive à rester maître de moi.

Philippe Geluck, Le retour du chat

mercredi 7 février 2018

Un supervisé m'a rapporté le cas d'un homme souffrant d'une maladie de peau, un vitiligo qui lui recouvrait toute l'épaule. Les traitements médicaux ne donnaient aucun résultat. C'était pénible pour le patient, par ce que c'est une affection assez visible, très troublante narcissiquement. Dans son analyse, le patient a pu retrouver un souvenir traumatique datant de ses deux ans. Il avait un sœur, très proche en âge, qui était tombée dans un piscine ; il avait vu des hommes retirer de l'eau le corps mort de l'enfant, et il avait vu les chevaux noirs de la petite lui recouvrant toute l'épaule. Il a eu cette vision. C'est comme s'il avait fait un travail de deuil somatique et était devenu se petite sœur morte ; il a pris en lui cette image d'elle ; c'était la solution qu'il avait trouvée pour ne pas la perdre...

Joyce McDougall, Après Lacan : le retour de la clinique. Entretiens et introduction par Fernando Urribarri

mardi 6 février 2018

Avec quoi le langage parle-il ? Sûrement pas avec des mots seulement, mais aussi avec des mots investis d'affects, sous-tendus par des représentations pulsionnelles conscientes et inconscientes, et dynamisés par des motions qui l'animent... Le structuralisme a entretenu la tentation illusoire de promouvoir un impérialisme linguistique - avec sa "science pilote", la linguistique ; la combinatoire serait prioritaire, pas la complexité de l'humain...

André Green, Du signe au discours

lundi 5 février 2018

Vous avez peur, peur de ne pas réussir ? Alors, allez-y. Si vous devez échouer, vous échouerez et recommencerez. Autant de fois qu’il le faudra. Ce n’est pas l’échec qui nous retient, c’est le courage de recommencer qui manque et nous fait stagner.

Clarissa Pinkola Estès, Femmes qui courent avec les loups

vendredi 2 février 2018

Si, comme le montrera Lacan en 1960 dans son séminaire sur L'éthique de la psychanalyse, "en chacun de nous, il y a la voie tracée pour un héros", c'est que justement l'héroïsme de l'être humain, du point de vue de la psychanalyse, ne dépend pas tant de la reconnaissance par autrui de notre grandeur que notre capacité à affronter le désarroi comme expérience intime de notre être. Car celui qui sait ne pas fuir sa propre angoisse sera aussi celui qui ne fuira pas son propre désir. Rien ne peut dans ces conditions nous sauver de notre angoisse que le Dieu Logos, c'est-à-dire notre propre croyance en la valeur de la parole et en sa fonction éthique. Rien ne peut conférer à notre existence le sens que nous en attendons que nos propres actes lorsqu'ils sont éclairés par le courage de résister à la pulsion de mort et celui de ne pas céder sur ce qui doit nous coûter l'accès à notre désir, comme "métonymie de notre être".

Clotilde Leguil, extrait de la présentation de L'avenir d'une illusion de Sigmund Freud

jeudi 1 février 2018

Je respecte beaucoup le symptôme, puisque c'est la solution que le sujet a créée pour survivre ou pour surmonter un conflit, une douleur psychique.

Joyce McDougall, Après Lacan : le retour à la clinique. Entretiens et introduction par Fernando Urribarri

mercredi 31 janvier 2018

Fernando Urribarri - Pour finir, le voudrais vous demander de résumer le noyau des questions abordées dans Théâtres du corps.

Joyce McDougall - Dans cet ouvrage, j'essaie de comprendre le genre de messages qui circulent à double sens, entre la psyché et le soma, et de conceptualiser la façon dont on pourrait travailler cela dans la relation analytique.

Joyce McDougall, Après Lacan : le retour à la clinique. Entretiens et introduction par Fernando Urribarri

mardi 30 janvier 2018

Si un élève vous dit qu’il n’aime pas lire, il ne sait pas ce qu’il dit. Si vous le croyez, il est foutu. Et vous aussi comme professeur.

Daniel Pennac

lundi 29 janvier 2018

L'art lave notre âme de la poussière du quotidien.

Pablo Picasso

vendredi 26 janvier 2018

Le positif nous est donné dès la naissance, le négatif, c’est à nous de le faire.

Franz Kafka, Journal

jeudi 25 janvier 2018

Prenons en considération la genèse psychique des représentations religieuses. Celles-ci, qui se donnent pour des dogmes, ne sont pas des précipités d’expériences ni des résultats d’une pensée, ce sont des illusions, des accomplissements des désirs les plus anciens, les plus forts, les plus urgents de l’humanité ; le secret de leur force est la force de ces désirs.

Sigmund Freud, l'avenir d'une illusion

mercredi 24 janvier 2018

20 ans

On n'est pas là pour payer les dettes
On a tous connu nos martyrs
On se contente de chaque miette
De chaque seconde, de chaque soupir

Il n’y a pas grand-chose que l’on regrette
Où l’on ne veut plus se souvenir
On a bravé tant de tempêtes
Qu’on ne s’est même pas vu grandir

Dis-moi que la vie est encore plus belle
Quand on a plus vingt ans
Est-ce qu’on peut encore toucher le ciel
Quand on plus vingt ans
Donne-moi des monts et des merveilles
Comme si j’avais vingt ans
Est-ce qu’on t’appeler mademoiselle
Tu as toujours vingt ans

On joue toujours avec les allumettes
Avec les flammes, avec le désir
On n'a qu’une envie, qu’une requête
De rire comme si on allait jamais mourir
On a passé l’âge d’être bête
Pas celui de se faire éblouir
Chaque journée est une conquête
Qu’il faut abattre d’un sourire

Dis-moi que la vie est encore plus belle
Quand on a plus vingt ans
Est-ce qu’on peut encore toucher le ciel
Quand on plus vingt ans
Donne-moi des monts et des merveilles
Comme si j’avais vingt ans
Est-ce qu’on peut t’appeler mademoiselle
Tu as toujours vingt ans
Toujours vingt ans
Toujours vingt ans

On est venu à bout de la bête
Et des nuits qui devaient rétrécir
On ne battra jamais en retraite
On a encore tant de choses à offrir

Johnny Hallyday, album "L'attente", texte de Christophe Miossec

mardi 23 janvier 2018

Quoi qu'il en soit, nous devons êtres prudents, quand nous parlons d'un "psychosomatique", d'un "obsessionnel", d'un "homosexuel"... Tout cela ne veut rien dire ; ce qui doit nous intéresser, c'est la singularité, ce qu'il y a d'unique dans la personne.

Joyce McDougall, Après Lacan : le retour à la clinique. Entretiens et introduction par Fernando Urribarri

lundi 22 janvier 2018

Fernando Urribarri - A propos des processus tertiaires dans le processus analytique, je pensais au rôle central que vous leur attribuez pour définir votre "pensée clinique".

André Green - En effet, la pensée clinique a deux dimensions. L'une correspond au travail de l'analyste dans le cadre. L'autre, à la pensée qui surgit de l'expérience, vis-à-vis de laquelle il prend ses distances, réflexivement, pour en rendre compte, pour rendre compte des raisons de l'inconscient. C'est une pensée mobilisée par l'angoisse, par le contre-transfert, qui opère dans l'écriture et dans la communication analytique. J'ai signalé que, même si elle ne fait pas de référence directe à la clinique, elle est capable d'éveiller la résonance avec l'expérience clinique du lecteur.

André Green, Après Lacan : le retour à la clinique. Entretiens et introduction par Fernando Urribarri

vendredi 19 janvier 2018

Comment peut-on apprendre à se connaître soi-même ? Par le méditation, jamais, mais bien par l'action.

Gandhi

jeudi 18 janvier 2018

Quand on sait ce qu'on va dire, on écrit platement.

Alain

mercredi 17 janvier 2018

La fonction sexuelle était présente dès le début, commençait par s'étayer sur les autres fonctions vitales et prenait ensuite son indépendance à leur égard ; il lui fallait accomplir une évolution longue et compliquée, avant de devenir ce qui était connu comme la vie sexuelle normale de l'adulte.

Sigmund Freud, Sigmund Freud présenté par lui-même

mardi 16 janvier 2018

Je dis que le temps de l'analyse est le temps de l'infans. La création géniale de Freud de la méthode et du dispositif cherche à faire passer par le langage l'expérience de l'infans (celui qui n'a pas de langage).

J.-B. Pontalis, Après Lacan : le retour à la clinique. Entretiens et introduction par Fernando Urribarri

lundi 15 janvier 2018

Durant les dernières décennies, la clinique psychanalytique a vu son principal centre d'intérêt se déplacer des névroses dites classiques aux troubles des personnalités limites. Ce changement a été accompagné d'un désintérêt pour la sexualité au profit du fonctionnement du moi ou des relations d'objet. En fait, ni les troubles du moi, ni les relations d'objet régressives ne devraient être séparés de la sexualité et de ses vicissitudes.

André Green, La clinique psychanalytique contemporaine

vendredi 12 janvier 2018

La conception freudienne de la sexualité s'appuie principalement sur l'hypothèse de "pulsions" sexuelles innées, agissantes dès la naissance et tout au long de l'enfance. Comment ces pulsions en viennent-elles à s'attacher à des objets ? Cette question a toujours été très centrale dans l'œuvre de Freud, bien qu'il lui ait donné des réponses incomplètes et parfois contradictoires. Certains de ses continuateurs ont par la suite attaché une importance croissante à la "relation d'objet".

Michèle Perron-Borelli, Les fantasmes

jeudi 11 janvier 2018

On n'a jamais bien vu le monde si l'on n'a pas rêvé ce que l'on voyait.

Gaston Bachelard, La poétique de la rêverie

mercredi 10 janvier 2018

La question de l'intersubjectivité pose le problème de la reconnaissance et de l'articulation de deux espaces psychique hétérogènes dotés chacun de logique propre.

René Kaës, Le groupe et le sujet du groupe

mardi 9 janvier 2018

- Que faites-vous ?
- Moi ? Je suis psychiatre.
- Ah oui ?
- Je travaille sur le délire paranoïde.
- Racontez-moi.
- Il n'y a pas grand chose à dire. Je travaille surtout en Europe et j'ai écrit de nombreux articles psychanalytiques. J'ai beaucoup étudié. J'ai travaillé avec Freud à Vienne. Mais on a différé sur le concept d'envie du pénis. Freud voulait le limiter à la femme.

Woody Allen, Zelig

lundi 8 janvier 2018

Cure psychanalytique

Des déceptions amoureuses à répétition, une orientation sexuelle hésitante, une aphonie qui surgit chaque fois qu'il faut parler en public, un mal de vivre indéfinissable, une érection vacillante, une mère débordante, un père qui ne vous a jamais aimé, la mort d'un très proche, un enfant que l'on arrive pas à faire, un dégoût de la sexualité, une addiction à la sexualité qui ne laisse de place pour rein d'autre, une maladie somatique grave, l'aggravation de l'angoisse malgré la suppression réussie d'une phobie par une psychothérapie comportementale, une dépressivité qui gâche toutes les entreprises, une jalousie qui ne connaît pas de repos, un livre qu'on ne parvient plus à écrire, n'avoir jamais rencontré quelqu'un qui vous écoute... le recours à la psychanalyse se confond avec l'expérience humaine. Le malheur peut paraître venir du dehors - "l'enfer, c'est les autres" -, on a cependant l'intuition d'y être pour quelque chose ; qu'il faut changer pour que ça change. Sans le savoir, on vient en analyse pour changer le passé, en réécrire le récit, découvrir la haine derrière l'amour affiché (ou l'inverse), la secrète satisfaction derrière le déplaisir, une prison que l'on ne veut pas quitter. Parmi les risques que l'on court, il y a celui de devenir un peu plus libre qu'auparavant.

Jacques André, Les 100 mots de la psychanalyse

vendredi 5 janvier 2018

Cela ne m’intéresse pas de savoir quel est ton métier.
Ce que je veux savoir, c’est ce qui te tient à cœur.
Si tu oses rêver accomplir tes désirs.
Si tu es prêt à paraître fou par amour ou pour tes rêves.
Pour l’aventure d’être vivant.

Je veux savoir si tu as touché le cœur de ta tristesse.
Si tu t’es ouvert suite aux épreuves de la vie.
Ou si tu t’es desséché et fermé par peur de la douleur.

Je veux savoir si tu peux expérimenter ta douleur.
Ou la mienne sans chercher à la cacher.
À la diminuer ou à la solutionner.

Je veux savoir si tu peux entrer dans la joie, la mienne ou la tienne.
Si tu peux danser sauvagement.
Et laisser l’extase te remplir jusqu’au bout des doigts.
Sans opposer de limites humaines et sans penser être prudent ou réaliste.
Cela ne m’intéresse pas de savoir si l’histoire que tu me racontes est vraie.

Ce que je veux savoir, c’est si tu peux décevoir quelqu’un d’autre afin de rester vrai envers toi-même.
Si tu peux supporter l’accusation d’être un traitre et ne pas trahir ta propre âme.
Je veux savoir si tu as suffisamment de foi pour être digne de confiance.
Je veux savoir si tu sais voir la beauté même si ce n’est pas beau tous les jours…

Texte amérindien

jeudi 4 janvier 2018

Savoir
Et se dire que l'on ne sait pas
Est bien.
Ne pas savoir
Et se dire que l'on sait
Conduit à la difficulté.

Lao-Tseu, Tao Te King, LXXI (traduction Ma Kou)

mercredi 3 janvier 2018

Ceux qui vivent du traitement des malades mentaux doivent s'efforcer de faire quelque chose pour eux.

Sigmund Freud, La technique psychanalytique

mardi 2 janvier 2018

Je vous souhaite des rêves à n’en plus finir et l’envie furieuse d’en réaliser quelques-uns. Je vous souhaite d’aimer ce qu’il faut aimer et d’oublier ce qu’il faut oublier. Je vous souhaite des passions, je vous souhaite des silences. Je vous souhaite des chants d’oiseaux au réveil et des rires d’enfants. Je vous souhaite de respecter les différences des autres, parce que le mérite et la valeur de chacun sont souvent à découvrir. Je vous souhaite de résister à l’enlisement, à l’indifférence et aux vertus négatives de notre époque. Je vous souhaite enfin de ne jamais renoncer à la recherche, à l’aventure, à la vie, à l’amour, car la vie est une magnifique aventure et nul de raisonnable ne doit y renoncer sans livrer une rude bataille. Je vous souhaite surtout d’être vous, fier de l’être et heureux, car le bonheur est notre destin véritable.

Jacques Brel, le 1er Janvier 1968

jeudi 14 décembre 2017

En dehors de la peinture et du jardinage, je ne suis bon à rien !

Claude Monet

mercredi 13 décembre 2017

Quand tout se pose
Quand les corps se défont
Quand la parade est terminée
Quand la raison dispose
Quand les amis s'en vont
Et le dernier fard effacé
Restent les aveux prisonniers
Dans le miroir lisse et glacé

Je ne suis qu'un homme
Mais elle ne sait pas
Dans ces zones d'ombre
Quand elle tend ses bras
Oh rien qu'un homme
De peur et de froid
Quand le masque tombe
A chaque fois

Aux futiles danses des guerriers toujours vivants
Aux phrases immenses des enfants
Aux immobiles errances des marins sans océans
Aux parterres de fleurs qu'elle attend
Je n'ai que les pierres de ma voix
C'est peu de choses
Mais c'est moi

Je ne suis qu'un homme
Quand elle me voit roi
Pour ces jours qui fondent
Qu'elle ne compte pas
Oh juste un homme
De peur et de froid
Quand le masque tombe
Quand tout se voit

Et si j'ai appris à faire semblant
A garder les yeux paisibles
Quand elle plonge dedans
J'ai mal des hivers
Qui m'attirent trop souvent
Vers les bords du monde
Quand le masque tombe

Quand le masque tombe
Je ne suis qu'un homme
Quand le masque tombe
J'ai peur et j'ai froid
Je ne suis qu'un homme
Quand la nuit est loi

Quand le masque tombe
Quand elle me voit roi
Je ne suis qu'un homme
Quand a nuit est loi
Quand le masque tombe
J'ai peur, j'ai peur et j'ai froid
Je ne suis qu'un homme
Oh, quand le masque tombe
Quand le masque tombe
Je ne suis qu'un homme
Oh, quand le masque tombe
Quand le masque tombe
J'ai peur et j'ai froid
Je ne suis qu'un homme
Oh! Quand le masque tombe

Johnny Hallyday, Quand le masque tombe. Paroles et musique Erick Benzi

mardi 12 décembre 2017

Il faut noter spécialement ce "être soi-même" parce que nous devons faire une distinction entre la personne et l'homme ou la femme, la mère ou la nourrice, qui jouent un rôle ; ils jouent peut-être très bien leur rôle par moments ; [...] Mais jouer un rôle n'est pas suffisant.

Donald W. Winnicott, Le passage de la dépendance à l'indépendance dans le développement de l'individu

lundi 11 décembre 2017

Ce que j'aime, dans la psychanalyse, c'est la déception : on se serait cru plus intéressant. De là une amertume (dont Freud, je crois, ne s'est jamais remis), qui m'a toujours paru le goût même de la vérité. J'aime la psychanalyse comme j'aime la bière peut-être, et pour les mêmes raisons : ce goût de mort et de réel. Déception, donc, et vérité.

André Comte-Sponville, Une éducation philosophique

vendredi 8 décembre 2017

Si vous prenez par exemple la notion de réalité psychique, vous savez que la distinction qu'on a l'habitude de faire à son sujet est entre réalité psychique et réalité matérielle. La réalité psychique par rapport à la réalité matérielle est la réalité qui est accordée aux phénomènes inconscients qui ne comportent ni doute ni degré dans la certitude - inconscient qui comme vous le savez ignore la contradiction, le temps, etc. - et qui sont donc constitués de processus primaires qui renvoient eux-mêmes à des représentations et des affects. C'est là qu'on est en droit de parler de désir. C'est précisément parce qu'il y a une organisation inconsciente des représentations et des affects, sur le mode des processus primaires, que l'on peut dire que dans la névrose, et à partir de ce système de désirs, est à l'œuvre ce que j'ai appelé une logique de l'espoir. Autrement dit, quels que soient les obstacles que m'oppose la réalité extérieure au désir dont je peux être habité, et dont elle ne favorise pas la réalisation ou à laquelle elle fait obstacle - ce qui renvoie au rôle de la prohibition et de l'interdit - ; quelle que soit l'importance de ces entraves, il existe un système où ces désirs vont trouver une certaine forme de satisfaction. Ceci répond à la notion d'inconscient. C'est en quoi justement l'inconscient représente une logique de l'espoir : rien ne peut empêcher la réalisation du désir inconscient sous une forme ou une autre, celle du rêve, du fantasme, ou encore sous la forme du souhait, du voeu, voire sous la forme du symptôme. Sans rien dire du transfert.

André Green, Genèse et situation des états limites

mardi 5 décembre 2017

Il existe donc une "maïeutique" de l'interprétation psychanalytique qui découle du principe suivant : la vie psychique est reconstructible. Mais ce reconstructivisme n'a rien d'idyllique : l'interprétation est en effet habité par la violence (elle fait effraction dans vos défenses, même si nous savons que vous êtes venus chercher cette agression libératrice) ; elle ne manque pas de perversion (je prends plaisir à partager vos angoisses, traumas ou jouissances) ; et ne va pas sans répétition et déliaison. Cependant, elle respecte et favorise les voies singulières, aussi modestes soient-elles, par lesquelles se construit la re-naissance psychique, toujours au singulier et sans but éducatif ni projet anagogique.

Julia Kristeva, La chair des mots

lundi 4 décembre 2017

Celui qui ne progresse pas chaque jour, recule chaque jour.

Confucius

vendredi 1 décembre 2017

L'intéressant est que les analystes ont changé pour être capables de travailler aux confins de l'analysable [et être] en condition d'écouter en deçà de la représentation, de penser le non-figurable, l'informe, l'innommable. Nous avons pris la décision que ces états étaient analysables.

J.-B. Pontalis, Après Lacan : le retour de la clinique, entretiens avec Fernando Urribarri

jeudi 30 novembre 2017

Le borderline a une immense avidité orale à être écouté et compris, mais il ne tolère pas d'être entendu. Être entendu marquerait la fin des miroirs composés qui représentent, pour le visible, l'unité et l'identité en image du moment ; ce serait ouvrir l'abîme de la mort violente ou de la folie.

Pierre Fédida, "Le psychanalyste, un état limite ?", Transfert et états limites

mercredi 29 novembre 2017

[...] plus le patient "ira mieux" du point de vue de l'intégration de son identité au sein d'une unité relativement stable, plus il sera susceptible d'être cliniquement "mal" et de douter, de fait, de l'aspect positif de son cheminement thérapeutique.

Vincent Estellon, Les états limites

mardi 28 novembre 2017

Le plus dur ? Les autres, et d'abord ceux que l'on aime et qui vous le rendent si mal. Leur présence est aussi indispensable qu'insupportable - ce dont l'analyste fait l'amère expérience. Derrière cette incapacité à être seul, par-delà la confusion entre absence et disparition se profile bien souvent "l'unique objet du ressentiment" : une mère primitive, paradoxalement aussi irremplaçable qu'elle fut rejetante ou ignorante de la demande d'amour de son enfant. "Arrête de pleurer, chérie, tu embêtes tout le monde".

Jacques André, "Etat limite", Les 100 mots de la psychanalyse

lundi 27 novembre 2017

Un fou qui sait qu'il est fou n'est pas si fou que ça !

Sagesse chinoise

vendredi 24 novembre 2017

[…] Nous sommes lancés, inéluctablement, dans le tourbillon de toute réalité, avec pour seul choix d’y consentir. Si sans aucun doute, cela veut dire : traverser un océan sur un frêle esquif, telle est bien notre condition humaine – et il ne serait d’aucun secours de s’imaginer qu’on navigue à la remorque du plus puissant des bateaux à vapeur, vers des destinations inexistantes : notre attention au vent et au temps ne pourraient que s’en trouver diminuée. Plus nous nous plongeons, sans en rien retrancher, dans l’ « exigence du moment », dans l’instant tel qu’il se présente, dans des conditions variables d’un cas à l’autre, au lieu de suivre le fil conducteur de prescriptions, de directives (écrites par l’homme ! ), plus nous sommes, dans nos actes, justement en relation avec le tout, poussés par la force vivante qui relie tout avec tout, et nous aussi. Qu’importe alors si les tâtonnements de notre conscience sont entachés de toutes les erreurs possibles. Si quelqu’un taxe ce comportement d’immoralité, d’arbitraire et de présomption, nous serions à plus forte raison autorisés à taxer de confortable incurie morale l’esclavage infantile de celui qui s’en tient au respect des prescriptions !

Lou-Andréas Salomé, Lettre ouverte à Freud

jeudi 23 novembre 2017

Ma préoccupation essentielle consiste à dire et à faire ce qui me semble juste et utile, sans souci d'appellation contrôlée autre que le terme générique de "psychothérapeute", à savoir un professionnel spécialisé dans l'accompagnement psycho-relationnel de personnes en souffrance, à des fins d'élucidation et d'émancipation.

Alain Delourme, Pourquoi je ne suis pas Gestalt-thérapeute, revue Gestalt n° 22

mardi 21 novembre 2017

Irrationnel

Ce qui n'est pas accessible à la raison : ce qu'elle ne peut, en droit, ne connaître, ni comprendre. Si la raison a toujours raison, comme le veut le rationalisme et comme je le crois, l'irrationnel n'est qu'une illusion ou un passage à la limite : on ne juge irrationnel (c'est à dire incompréhensible en droit) que ce qu'on n'arrive pas , en fait, à comprendre. Ainsi, l'irrationnel n'existe pas. Cela suffit à le distinguer du déraisonnable, qui n'existe que trop.

André Comte-Sponville, Dictionnaire philosophique

lundi 20 novembre 2017

On pense que la psychanalyse c'est la subjectivité. C'est tout à fait insuffisant parce que c'est une subjectivité qui, pour apparaître dans toute sa dimension, elle suffit pas qu'elle soit exprimée, elle suffit pas non plus qu'un autre vous dise : "je vous comprends" parce que ça n'importe qui peut vous le dire. Il faut que cette subjectivité passe par l'écoute d'un autre, qu'il entende d'une certaine manière et vous la renvoie, c'est-à-dire que la psychanalyse c'est pas un dialogue, c'est une relation à deux où on ne parle que d'un seul.

André Green, Eros et thanatos, émission "Les mots de la psychanalyse"

vendredi 17 novembre 2017

Avec ses différences et ses autonomies, le couple ne dure que si le soin en devient une composante majeure. A ne pas confondre avec le maternage. La reliance est une expérience qui incombe aux deux sexes. Elle est au cœur de l'humanisation, je crois - rien de moins ! Il s'agit de prendre conscience de l'ambivalence des pulsions et des passions : attachement et agressivité, amour et haine, et de les transformer en lien, en possibilité de parler et de penser. La reliance opère contre l'emprise maternelle, pour que, au contraire, la séparation devienne possible et que l'autonomie favorise de nouvelles rencontres. Je t'écoute, tu m'écoutes, je t'entends, tu m'entends, ça nous change. Tu me fais confiance. Je varie. Tu mûris. Une thérapie régénérative. Dans reliance, il y a "confiance" et "re-commencement" du lien.

Julia Kristeva, Je me voyage

jeudi 16 novembre 2017

Todo nada.

Tout est rien.

Thérèse d'Avila

mercredi 15 novembre 2017

Passé, présent, avenir donc, comme enfilés sur le cordeau du désir qui les traverse.

Sigmund Freud, Le créateur littéraire et la fantaisie

mardi 14 novembre 2017

Qu'est-ce que le "contemporain" en psychanalyse ? [...] Les cas-limites, les troubles narcissiques, les pathologies psychosomatiques, en somme, la prédominance des structures non névrotiques a suscité l'émergence d'une clinique nouvelle. cette clinique exige, à mon avis, l'élaboration d'une théorie générale du psychisme et, tout logiquement, une technique.

André Green, Dialoguer avec André Green

lundi 13 novembre 2017

Le transfert/contre-transfert n'a rien d'une intersubjectivité psychologique ou philosophique. L'intimité de ce lien est une expérience de mort à soi, d'accès à l'altérité à travers la mortalité de l'autre, et ainsi seulement d'accès à une renaissance personnelle.

Julia Kristeva, Je me voyage

vendredi 10 novembre 2017

Le point essentiel qu’on n’aperçoit habituellement pas dans cet état de fait, c’est que le conflit pathogène des névrosés ne doit pas être confondu avec un combat normal de motions psychiques se situant sur un même terrain psychologique. C’est un discord entre des puissances dont l’une est parvenue au stade du préconscient et du conscient et l’autre a été retenue au stade de l’inconscient. C’est pourquoi le conflit ne peut aboutir à un règlement ; les belligérants sont mis aussi peu en présence l’un de l’autre que, dans l’exemple connu, l’ours blanc et la baleine. Une décision effective ne peut être prise que quand les deux se rencontrent sur le même terrain. Je pense que rendre cela possible, telle est la seule tâche de la thérapie.

Sigmund Freud, Conférences d’introduction à la psychanalyse

jeudi 9 novembre 2017

La sagesse consiste souvent à suivre sa folie plutôt que sa raison.

Eric-Emmanuel Schmitt, Le Visiteur

mercredi 8 novembre 2017

Personne ne peut tirer des choses, y compris des livres, plus qu’il n’en sait déjà. Ce à quoi l’on n’a pas accès par une expérience vécue, on n’a pas d’oreilles pour l’entendre.

Friedrich Nietzsche, Ecce Homo

mardi 7 novembre 2017

« L'histoire de toute vie est l'histoire d'un échec », disait Sartre. C'est peut-être forcer le trait. Mais cela me parle davantage que la volonté éperdue de « vivre ses rêves », comme on dit aujourd'hui. Réveillons-nous plutôt ! La vie est plus précieuse que les rêves. La lucidité, plus importante que la réussite.

André Comte-Sponville, C'est chose tendre que la vie

lundi 6 novembre 2017

Je regarde comme impossible que l'amour se contente de demeurer stationnaire.

Thérèse d'Avila, Le Château intérieur

vendredi 3 novembre 2017

Il s'agissait d'apprendre du malade quelque chose qu'on ne savait pas et qu'il ne savait pas lui-même.

Sigmund Freud, Sur la psychanalyse

jeudi 2 novembre 2017

L'adolescent est un croyant doublé d'un nihiliste. Nous sommes tous des adolescents quand nous sommes amoureux.

Julia Kristeva, Pulsions du temps

vendredi 27 octobre 2017

Dans « Les Voies nouvelles . . . », il y a un très beau cas présenté par Gregorio Kohon ; on ne peut qu’admirer le travail qu’il a fait. À un certain moment, le patient lui dit : je voudrais que vous soyez mon père et Kohon a le courage de lui dire : je n’ai aucune envie d’être votre père. Ce n’est pas cela qui choque, ce qui choque, c’est lorsque l’on ne donne rien en échange. Si un patient vous dit cela et que vous ne lui donnez rien en échange, il a des raisons d’aller plus mal, mais si vous mettez une limite à votre action . . . . C’est ce que dit Bion : il ne faut jamais qu’un patient perde le sentiment d’atmosphère de travail dans une séance.

On n’est pas là pour que les patients viennent pleurer sur votre épaule, pour les cajoler, les câliner, les embrasser, comme avait fini par le faire Ferenczi. Mais on n’est pas là non plus pour installer une atmosphère de rigidité qui n’a plus rien à voir avec la neutralité bienveillante. C’est précisément pour cela qu’il est difficile d’être analyste parce qu’on navigue entre écueils et ornières.

André Green, Entretien avec Dominique Baudesson

jeudi 26 octobre 2017

J’utiliserai cette comparaison : un individu postule à un emploi de fonctionnaire en déposant sa demande au service du personnel au premier étage. Quelque temps plus tard, il veut savoir ce qu’est devenue sa demande et se rend dans ce même bureau. Le dossier n’y est plus. On lui dit qu’il se trouve peut-être dans un bureau du troisième ou du quatrième étage, mais personne ne saurait dire lequel exactement. Quelques semaines plus tard, on informe le postulant que son document est arrivé au neuvième étage. Pendant les semaines qui suivent, il court généralement d’un service à l’autre. S’il a de la chance, il finira par découvrir que sa demande est en route pour le quatorzième étage où l’on pourra décider de son sort.

Le développement d’une idée inconsciente est similaire à ce genre de procédure, contrairement à celui d’une pensée consciente ou d’une réflexion logique. Il faut beaucoup de temps au dossier pour passer du premier au quatorzième étage, bien qu’un ascenseur fasse ce même trajet en une minute. En chemin, se produisent de mystérieux ralentissements ou des accélérations, selon que les personnes intéressées intercèdent, brouillent les cartes ou tirent des ficelles secrètes. De la même manière, des agents inconnus favorisent ou retardent le développement du processus mental inconscient.

Theodor Reik

mercredi 25 octobre 2017

Je ne crois pas au bonheur chimique. [...] Quels que soient les progrès de la chimiothérapie, il y aura toujours des personnes, outre le fait qu'elles souffrent, qui auront besoin de comprendre pourquoi elles souffrent.

André Green, Cent ans après

mardi 24 octobre 2017

Tout être humain fait l'expérience de la scène de ménage, en tant qu'observateur quand il est enfant (celui-ci vit non pas une scène originaire d'union des parents mais une scène de destruction de leur couple), en tant que participant agissant ou subissant à l'âge adulte. Cette expérience, exceptionnelle dans certains couples, s'installe à titre d'habitude chez d'autres. Cela peut devenir une passion, comme le jeu, la drogue ou l'idéologie. "Passion" convient aux deux sens de terme : la scène de ménage humilie, avilit et fait souffrir (elle est faite pour cela) ; en même temps, elle fait monter le potentiel du couple vers un paroxysme qui l'apparente à certains rituels religieux et qui introduit les partenaires, à travers des sentiments d'épouvante et de grandeur, à la dimension maudite du sacré.

Didier Anzieu, La scène de ménage

lundi 23 octobre 2017

Tout faire pour l'autre, c'est arracher à l'autre son désir. Tout attendre de l'autre, c'est perdre son identité désirante.

Vincent Estellon, Les états limites

vendredi 20 octobre 2017

Il est vrai que "La mère morte" est l'article le plus réussi de tous ceux que j'ai écrits. Je ne me rendais pas compte qu'il avait été si bien reçu partout... J'ai décrit la dépression soudaine de la mère, et j'y fais la distinction entre la mère déprimée chronique - déprimée depuis toujours - et la situation normale d'une mère qui un jour tombe tout d'un coup en dépression. Cela provoque un changement terrible chez le bébé, qui ne comprend pas ce qui se passe. Il perd le sens de la relation. Les descriptions cliniques courantes de la dépression méconnaissent cet aspect car elles ont toujours une explication en termes d'objets internes... Or, ce qui est conflictuel et paradoxal dans cette situation, c'est que la vie suit son cours et pourtant rien n'est plus pareil.

André Green, Essais sur la mère morte et l'œuvre d'André Green

jeudi 19 octobre 2017

S'il n'y a pas de solution c'est qu'il n'y a pas de problème.

Devise Shadok imaginée par Jacques Rouxel

mercredi 18 octobre 2017

Il n'y a pas d'amour ; il n'y a que des preuves d'amour.

Jean Cocteau

mardi 17 octobre 2017

C'est la théorie qui décide de ce que nous pouvons observer.

Albert Einstein

lundi 16 octobre 2017

Aujourd'hui, lorsque je considère les patients limites, je les vois moins qui se tiennent à la limite de la névrose et de la psychose (bien que ce soit en effet la situation de beaucoup d'entre eux), mais plutôt comme des gens qui vivent dans une sorte de no man's land, tournant sans cesse autour d'un rond-point quelconque, d'où ils peuvent prendre plusieurs directions sans jamais s'engager dans aucune (dépression, perversion, troubles du caractère ou encore trouble psychosomatique).

André Green, entretien avec Gregorio Kohon, Essais sur la "mère morte" et l'œuvre d'André Green

jeudi 12 octobre 2017

Nous sommes superficiels par profondeur.

Citation inspirée par Friedrich Nietzsche, Le Gai savoir

mercredi 11 octobre 2017

L'admiration [l'étonnement] est le fondement de toute philosophie.

Montaigne, Les essais

mardi 10 octobre 2017

Il apparaît ainsi, on le sait, que la “bonne” interprétation doit être exacte, opportune, mesurée, dense, claire, concise, concrète, vivante sans être séduisante, suggestive plutôt qu’exhaustive.

Didier Anzieu, Eléments d'une théorie de l'interprétation

lundi 9 octobre 2017

L'angoisse est le bruit qui rompt le continuum silencieux du sentiment d'exister dans l'échange des informations avec soi-même ou avec autrui.

André Green, Narcissisme de vie, narcissisme de mort

jeudi 5 octobre 2017

L'originalité n'est pas mon propos. Mon but n'est pas de penser neuf, mais de penser juste.

André Comte-Sponville, Traité du désespoir et de la béatitude

vendredi 29 septembre 2017

Le présent d'abord

Regarde autour tout est là, tout est fait pour nous
Tout l'temps, tout l'temps le temps court
Le temps est comme toujours bien trop court

Hier était hier déjà au passé dépassé
Hier n'est plus à refaire ou à ressasser
Alors rien ne sert de s'encombrer

Laissons nous vivre le présent d'abord
Laissons nous vivre un instant plus fort
Laissons nous suivre nos envies d'encore
Laissons nous vivre aujourd'hui d'abord

Regarde autour et devant toi
Regarde c'est là, là sous tes doigts
Prends, prends tout
Prends, prends sans détour

Demain sera, demain dis toi bien
Que rien d'avance n'est décidé

Aucun destin n'est gravé dans ses mains
Tout peut changer, tout peut arriver

Laissons nous vivre le présent d'abord
Laissons nous vivre un instant plus fort
Laissons nous suivre nos envies d'encore
Mais laissons nous vivre aujourd'hui d'abord

Laissons nous vivre le présent d'abord
Oui laissons nous vivre un instant plus fort
Laissons nous suivre nos envies d'encore
Mais laissons nous vivre aujourd'hui d'abord

Texte de Lionel Florence, album "Le présent d'abord" de Florent Pagny

jeudi 28 septembre 2017

Il faut le noir pour la lumière
Et la fin pour le renouveau

Pierre-Yves Lebert, Mon père, extrait de la fresque musicale "Jésus, de Nazareth à Jérusalem"

mercredi 27 septembre 2017

Les murs porteurs

Passée la folie des grandeurs
L'envie de jouer les grands seigneurs
Passée l'ivresse, passée l'ardeur
Quand les fruits n'ont plus de saveur

Revenu de sept ans de malheur
D'un accouchement dans la douleur
Lassé de mentir, de faire l'acteur
Quand on est plus à la hauteur

Reste les murs porteurs
Des amis en béton
Un frère, une petite sœur
Pour voir à l'horizon

Reste les murs porteurs
Pour tenir la maison
Pour surmonter ses peurs
Ou vaincre ses démons

Des promesses la main sur le cœur
Plus fort que d'être le meilleur
Perdu dans le collimateur
Qu'on soit soldat ou déserteur

Des candies gravés dans le cœur
Des milliers d'heures de vol au compteur
Des beaux discours, des beaux parleurs
Qu'on soit dans le flou ou dans l'erreur

Reste les murs porteurs
Des amis en béton
Un frère ou une grande sœur
Pour voir à l'horizon

Reste les murs porteurs
Pour tenir la maison
Pour surmonter ses peurs
Ou vaincre ses démons

De jouer les durs, les cascadeurs
Des souvenirs hauts en couleur
De l'utopie d'un monde meilleur
De tout c'qu'on a appris par cœur

Reste les murs porteurs
Pour se couper du vent
Pour tenir la longueur
Faire face aux tremblements

Reste les murs porteurs
Pour s'abriter du froid
Pour conjurer l'malheur
Et retrouver sa voie

Texte de Christophe Cirillo, album "Vieillir avec toi" de Florent Pagny

mardi 26 septembre 2017

Lorsque nos certitudes sont plus nombreuses que nos incertitudes, nous finissons de grandir pour commencer à vieillir.

Joëlle Péroi, Le jardin des pensées

lundi 25 septembre 2017

Ce que l'on peut faire de plus pour ceux que l'on aime est encore d'être soi-même heureux.

Alain, Propos sur le bonheur

vendredi 22 septembre 2017

Quelques semaines après la publication du Mythe d'Icare, j'ai reçu une lettre d'un psychanalyste, me faisant part de son approbation : "L'espérance, m'écrivait-il, est la principale cause du suicide ; on ne se tue que par déception."

André Comte-Sponville, C'est chose tendre que la vie

jeudi 21 septembre 2017

Le serpent qui ne peut changer de peau, meurt. Il en va de même des esprits que l’on empêche de changer d’opinion : ils cessent d’être esprit.

 Friedrich Nietzsche, Aurore

mercredi 20 septembre 2017

[…] encore qu’il reste à chaque thérapeute de réinventer pour son propre compte la “bonne” interprétation tout au long de sa pratique.

Didier Anzieu, Eléments d'une théorie de l'interprétation

mardi 19 septembre 2017

Je ne me casse pas beaucoup la tête au sujet du bien et du mal, mais en moyenne, je n'ai découvert que fort peu de "bien" chez les hommes. D'après ce que j'en sais, ils ne sont pour la plupart que de la racaille, qu'ils se réclament de l'éthique de telle ou telle doctrine ou d'aucune.

Sigmund Freud, Lettre à Oskar Pfister du 9 octobre 1918

lundi 18 septembre 2017

Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre. 

Pascal, Pensées

vendredi 15 septembre 2017

Corps : le plus parfait instrument et le plus tragique obstacle.

Judith Reigl, Corps. Question d'échelle. Scènes du corps. Cahiers de psychologie de l'art et de la culture n° 11, 1985

jeudi 14 septembre 2017

Le corps est, pour le meilleur et pour le pire, l'image du monde.

Nicolas Bouvier, Le Corps, miroir du monde. Voyage dans le musée imaginaire de Nicolas Bouvier

mercredi 13 septembre 2017

Les mélancoliques se réservent toujours une place secrète, où les tempêtes de la Fortune ne peuvent atteindre. Là que l’âme se retire, pour se maintenir elle-même dans une sérénité éternelle. II faut se réserver une arrière-boutique, toute nôtre, toute franche, en laquelle nous établissons notre vraie liberté et principale retraite et solitude.

Montaigne, Les Essais

mardi 12 septembre 2017

Une âme
Si elle veut se reconnaître
C'est dans une âme
Qu'elle doit se regarder

Georges Séféris, Les argonautes

lundi 11 septembre 2017

On m'avait demandé : Racontez-nous comment les choses se sont passées "au juste." - Un récit ? Je commençai : je ne suis ni savant ni ignorant. J'ai connu des joies. C'est trop peu dire. Je leur racontai l'histoire tout entière qu'ils écoutaient, me semble-t-il, avec intérêt, du moins au début. Mais la fin fut pour nous une commune surprise. "Après ce commencement, disaient-ils, vous en viendrez aux faits." Comment cela ! Le récit état terminé.

Maurice Blanchot, La folie du jour

vendredi 8 septembre 2017

Je veux surtout que l'on comprenne que nous partons tous d'un point de départ, de la même façon que nous sommes tous nés de deux parents : nous pouvons après devenir homosexuels, meurtrier, pédophiles, il n'en reste pas moins vrai que nous sommes, nous existants, produits de deux parents sexuellement différenciés. Il en sera peut-être autrement plus tard, mais pour le moment, c'est ainsi. Si vous cherchez à comprendre ce que sont les pédophiles ou Dieu sait quoi, vous êtes obligé de partir de là. Je dirais même que c'est plus compliqué, parce que vous êtes aussi obligé d'expliquer pourquoi une femme qui a subi un attentat sexuel dans son enfance va, sans le savoir, épouser quelqu'un qui va se révéler être un pédophile ou le devenir.

André Green, Associations (presque) libres d'un psychanalyste

jeudi 7 septembre 2017

C'est dans les musées qu'on apprend à peindre.

André Malraux

mercredi 6 septembre 2017

Les petits riens ne sont jamais insignifiants, la beauté foisonne dans l’infime.

Sylvie Germain, Petites scènes capitales

mardi 5 septembre 2017

Nous avons été amené à dire que l’angoisse serait une réaction au danger de perdre l’objet aimé. Or, nous connaissons bien une de ces réactions à la perte de l’objet aimé : le deuil. Donc, quand est-ce l’angoisse et quand est-ce le deuil qui s’installe ? Pour le deuil, nous nous en sommes déjà occupé : un caractère en est resté complètement incompris : l’intensité extraordinaire de la douleur. Le fait que la séparation d’un objet soit douloureuse nous apparaît néanmoins aller de soi. Le problème se complique, par conséquent, encore davantage : quand la séparation de l’objet aimé crée-t-elle l’angoisse ? Quand produit-elle le deuil ? Et quand peut-être seulement la douleur ?

Sigmund Freud, Inhibition, symptôme et angoisse

lundi 4 septembre 2017

Aussi loin que je m'en souvienne, le bonheur est le deuil du malheur. Cela arrive par épuisement du malheur. Les gens prétendument heureux qui ont occulté le mal-être sont insignifiants.

Julia Kristeva, Je me voyage

jeudi 27 juillet 2017

J'avais appris à connaître toutes choses par leur contraire : le clair par le sombre, le chant par le silence, l'amour par la solitude.

Christian Bobin, Prisonnier au berceau

mardi 25 juillet 2017

Il faut que je vous dise la façon dont je conçois l’activité de l’analyste.

Un analyste est là pour :

1) écouter

2) avoir suffisamment de recul à propos de ce qu’il écoute pour entendre autre chose que ce qui est dit

3) intervenir plus ou moins rarement, plus ou moins fréquemment, et de telle façon qu’il propose au patient un autre sens que celui que le patient a voulu communiquer, en tenant compte du transfert.

André Green, entretien avec Dominique Baudesson

lundi 24 juillet 2017

Mon métier et mon art c'est vivre.

Montaigne, Les essais

vendredi 21 juillet 2017

Est-ce que le freudisme peut échapper à cette mortalité galopante des théories. Oui, car pour moi il ne constitue pas précisément une théorie. Sur un socle de concepts vérifiés par la clinique, c’est un ensemble d’hypothèses de recherche émises par Freud, souvent réfutées par lui-même, remplacées par d’autres hypothèses, qui à leur tour peuvent en engendrer d’autres, dans une sorte de perpetuum mobile qui fait de la psychanalyse un univers en constante gestation. L’erreur est de prendre ces hypothèses pour argent comptant et de les ériger en doctrine.

Michel Sapir. Mémoires d’un homme de plaisir. Du côté de chez Marx, du côté de chez Freud

jeudi 20 juillet 2017

Penser avec audace, parler avec responsabilité.

Michael Balint

mercredi 19 juillet 2017

Dans la vie, rien n'est à craindre, tout est à comprendre.

Marie Curie

mardi 18 juillet 2017

A force de sacrifier l'essentiel pour l'urgence, on finit par oublier l'urgence de l'essentiel.

Edgar Morin, La méthode, 6. L'éthique

lundi 17 juillet 2017

L'espoir de pouvoir guérir tout ce qui est névrotique a son origine, je le crains, dans cette croyance des profanes que les névroses sont quelque chose de tout à fait superflu, qui n'a absolument pas le droit d'exister. En réalité, ce sont des affections graves, constitutionnellement fixées, qui se limitent rarement à quelques crises, qui subsistent la plupart du temps pendant de longues périodes de la vie ou pendant la vie entière.

Sigmund Freud, Eclaircissements, applications, orientations

jeudi 13 juillet 2017

Un autre caractère de la sexualité infantile précoce est que l’organe sexuel proprement féminin n’y joue encore aucun rôle, l’enfant ne l’a pas encore découvert. Tout l’accent est mis sur le membre viril, tout l’intérêt se porte sur lui, il s’agit de savoir s’il est là ou pas. De la vie sexuelle de la petite fille, nous en savons moins que celle du garçon. Nous n’avons pas à avoir honte  de cette différence.

Sigmund Freud, La question de l'analyse profane

mercredi 12 juillet 2017

Il est hors de doute que l'élément spécifique des névroses est et demeure le conflit œdipien ; mais la névrose suscitée par la culture tire à l'origine sa force traumatique de l'identité inconsciente du conflit œdipien et du conflit entre la nostalgie du corps maternel et la peur du corps maternel.

Lettre de Sándor Ferenczi à Sigmund Freud, le 24 mars 1924

mardi 11 juillet 2017

Une honteuse peur de penser nous retient tous. Plus oppressante que la censure qu'exerce l'opinion publique sur les œuvres de notre esprit.

Sigmund Freud, Sur la préhistoire de la technique

lundi 10 juillet 2017

Qui s'offense facilement découvre ses points faibles.

Etienne-François de Vernage, Maximes et réflexions

vendredi 7 juillet 2017

Splendeurs du retour au primitif dans les éclats de l’idéalisation, du narcissisme et de la toute-puissance des commencements, ou misères de l’impuissance, de la déréliction, ou encore de la persécution lorsqu’elle conduit dans les bas-fonds de la psyché ? Quels que soient les méandres des mouvements qu’elle déclenche, il nous faut bien admettre que la régression constitue un moteur puissant du fonctionnement psychique, quotidiennement présente dans la simplicité de la vie, inquiétante et énigmatique dans les dérives des maladies graves, attractive et dangereuse dans les traitements psychiques où règne le transfert, ses menaces et ses espérances.

Extrait de la présentation du colloque organisé par la revue Carnet/Psy : "Splendeurs et misères de la régression", le 7 octobre 2017 à Paris

jeudi 6 juillet 2017

Le bruit de la vie ne vient pas seulement d’Eros, mais de toutes les intrications incomplètes d’Eros et de l’instinct de mort, où domine tantôt l’une, tantôt l’autre de ces deux tendances, tantôt ici, tantôt là.

Thierry Bokanowski

mercredi 5 juillet 2017

Que sont en fin de compte la force des pulsions ou la nature de la fixation ? Rien d’autre que l’intensité de la passion et l’attachement à son objet, et s’il faut renvoyer le tout à la sexualité infantile, les objets de la passion sont à chercher du côté des objets partiels pris sur le corps de la mère ou sur le corps du sujet ou des objets totaux : les imagos parentales.

André Green, La folie privée

mardi 4 juillet 2017

Il est un pouvoir que la psychanalyse m'a permis de découvrir, c'est le pouvoir des mots. Prononcer des mots là où le silence, la méconnaissance et l'ignorance se sont installés, nommer des émotions ou des souffrances déniées et interdites redonne vie, fait exister des dimensions oubliées, refoulées, interdite.

André Lévy, Quelle psychologie "politique" ? Revue internationale de psychosociologie

lundi 3 juillet 2017

Quand on interroge le passé, il répond : présent.

Sacha Guitry

vendredi 30 juin 2017

Le véritable antagoniste d'Eros ne serait pas alors Thanatos, mais une autre force, tenant d'un fait de culture, psychanalytiquement rattachable au mythe de la castration ancestrale du père de la horde primitive.

Denise Braunschweig et Michel Fain, Eros et Anteros

jeudi 29 juin 2017

L’affect d’exaltation touche le moi lui-même. Il comprend un sentiment d’élargissement du moi qui peut survenir dans différents contextes. De la joie ressentie aux conquêtes du moi à l’exaltation de l’état maniaque, toute une gamme d’états implique peu ou prou l’exaltation. Le sentiment océanique, objet d’une controverse entre Freud et Romain Rolland, s’inscrit comme l’un des aspects de l’exaltation dans le registre mystique. L’auteur considère que le sentiment océanique est lié à un fantasme incestueux de retour au sein maternel alors que le moi qui s’agrandit progressivement évolue sous le signe de l’Œdipe.

Résumé de l'article de Paul Denis, Un destin de l’excitation : l’exaltation

mercredi 28 juin 2017

On a beau connaître ou croire connaître par cœur les étapes de l’itinéraire de Freud, les différents temps de cette décisive aventure de l’esprit qui fut la sienne, on a beau savoir à quel point il fut convaincu de la portée de la « jeune science » qu’il a pas à pas constituée en se refusant à la limiter à une méthode de traitement des « maladies nerveuses », on reste, à la lecture de ce petit livre, saisi par la passion intransigeante de cet homme, par sa volonté tenace de s’avancer toujours plus loin sur le chemin qu’il a tracé pour nous et d’abord pour lui-même ; on admire sa certitude, qu’aucun échec, qu’aucun obstacle ne parvinrent à ébranler – tout au contraire -, que la psychanalyse, c’est lui, Freud, jusqu’à l’identifier à sa propre vie.

J.-B. Pontalis, préface à Sigmund Freud présenté par lui-même

mardi 27 juin 2017

On peut aussi se représenter sans peine que certaines pratiques mystiques sont capables de renverser les relations normales entre les différentes circonscriptions psychiques, de sorte que, par exemple, la perception peut saisir, dans le moi profond et dans le ça, des rapports qui lui étaient autrement inaccessibles.  Pourra-t-on par cette voie se rendre maître des dernières vérités dont on attend le salut ? On peut tranquillement en douter. Nous admettrons toutefois que les efforts thérapeutiques de la psychanalyse se sont choisi un point d'attaque similaire.Leur intention est en effet de fortifier le moi, de le rendre plus indépendant du surmoi, d’élargir son champ de perception et de consolider son organisation de sorte qu’il puisse s’approprier de nouveaux morceaux du ça. Là où était du ça, doit advenir du moi.

Sigmund Freud, Nouvelles conférences d'introduction à la psychanalyse

lundi 26 juin 2017

Votre raison et votre passion sont le gouvernail et les voiles de votre âme navigante.
 
Si votre raison venait à se briser ou votre passion à se déchirer, vous ne seriez qu'un navire emporté au gré des vents et des courants, ou à jamais ancré entre ciel et mer.
 
Car la raison, régnant seule, bride tout élan ; et la passion, livrée à elle-même, s'embrase et se consume tout feu tout flamme jusqu'à ce qu'elle se réduise en cendres.

Khalil Gibran, Le prophète

vendredi 23 juin 2017

A l'origine de l'excitation, les mouvements pulsionnels doivent être saisis dans leur double dimension ; passive du côté de la sensation, de l'empreinte [...], active du côté de l'exercice, de la maîtrise.

Catherine Chabert, Les voies intérieures

jeudi 22 juin 2017

L'individualisation de la période de latence implique et présuppose la découverte connexe de l'inconscient et de la sexualité infantile, à travers la résistance due aux processus défensifs.

Christian David, L'état amoureux

mercredi 21 juin 2017

Être psychanalyste, c'est savoir que toutes les histoires reviennent à parler d'amour. La plainte que me confient ceux qui balbutient à côté de moi a toujours pour cause un manque d'amour présent ou passé, réel ou imaginaire. Je ne peux l'entendre que si je me place moi-même en ce point d'infini, douleur ou ravissement. C'est avec ma défaillance que l'autre compose le sens de son aventure.
Philosophie, religion, poésie, roman ? Histoires d'amour. De Platon à saint Thomas, de Roméo et Juliette à Don Juan, des troubadours à Stendhal, de la Madone à Baudelaire ou Bataille. Les grandes élaborations symboliques ne disent pourtant rien d'autre que ce qui s'écoute dans l'ombre, chaque jour. Être psychiquement en vie signifie que vous êtes amoureux, en analyse, ou bien en proie à la littérature. Comme si toute l'histoire humaine n'était qu'un immense et permanent transfert.

Julia Kristeva, Histoires d'amour

mardi 20 juin 2017

La théorie des pulsions est pour ainsi dire notre mythologie. Les pulsions sont des êtres mythiques, grandioses dans leur indétermination.

Sigmund Freud, Nouvelles conférences d'introduction à la psychanalyse

lundi 19 juin 2017

L'excès de honte [...] renvoie au refus de toute honte : au refus de ce qui suscite nos hontes premières, après coup. Honte de devoir la vie à la copulation d'un homme et d'une femme : honte d'être né inter faeces et urinas ; honte d'avoir été bercé, caressé, nourri, changé et d'avoir aimé cela ; honte d'accepter, sous la menace de castration, les compromis œdipiens ; honte des transactions subtiles entre les besoins du corps et de ses zones érogènes et la purification de l'idéal.

Jean-Luc Donnet, Lord Jim ou la honte de vivre

vendredi 16 juin 2017

Tout ce qui est or ne brille pas ; tout ceux qui errent ne sont pas perdus ; le vieux qui est fort ne dépérit point ; les racines profondes ne sont pas atteintes par le gel.

J. R. R. Tolkien

jeudi 15 juin 2017

Or, à la faveur du transfert, le névrotique reproduit et ranime avec beau­coup d’habileté toutes ces circonstances indésirées et toutes ces situations affectives douloureuses. Le malade s’efforce ainsi d’interrompre le traitement inachevé, de se mettre dans une situation qui ranime en lui le sentiment d’être, comme jadis, dédaigné de tout le monde, de s’attirer de la part du médecin des paroles dures et une attitude froide, de trouver des prétextes de jalousie ; il remplace l’ardent désir d’avoir un enfant, qu’il avait autrefois, par des projets ou des promesses d’importants cadeaux, le plus souvent aussi peu réels que l’objet de son désir de jadis. Cette situation que le malade cherche à reproduire dans le transfert, n’avait rien d’agréable autrefois, alors qu’il s’y est trouvé pour la première fois. Mais, dira-t-on, elle doit être moins désagréable aujourd’hui, en tant qu’objet de souvenirs ou de rêves, qu’elle ne le fut jadis, alors qu’elle imprima à la vie du sujet une orientation nouvelle. Il s’agit naturellement de l’action de penchants et d’instincts dont le sujet s’attendait, à l’époque où il subissait cette action, à retirer du plaisir ; mais bien qu’il sache par expérience que cette attente a été trompée, il se comporte comme quelqu’un qui n’a pas su profiter des leçons du passé : il tend à reproduire cette situation quand même, et malgré tout, il y est poussé par une force obsédante.

Sigmund Freud, Au-delà du principe de plaisir

mercredi 14 juin 2017

L’épanouissement précoce de la vie sexuelle infantile devait avoir une très courte durée, en raison de l’incompatibilité des désirs qu’il comportait avec la réalité et avec le degré de développement insuffisant que présente la vie infantile. Cette crise s’est accomplie dans les circonstances les plus pénibles et était accompagnée de sensations des plus douloureuses. L’amour manqué, les échecs amoureux ont infligé une mortification profonde au sentiment de di­gnité, ont laissé au sujet une sorte de cicatrice narcissique et constituent, d’après mes propres observations et celles de Marcinowski, une des causes les plus puissantes du « sentiment d’infériorité », si fréquent chez les névro­tiques. L’exploration sexuelle, à laquelle le développement corporel de l’en­fant a mis un terme, ne lui a apporté aucune conclusion satisfaisante ; d’où ses doléances ultérieures : « Je suis incapable d’aboutir à quoi que ce soit, rien ne me réussit. » L’attachement, tout de tendresse, qui le liait le plus souvent au parent du sexe opposé au sien, n’a pas pu résister à la déception, à la vaine attente de satisfaction, à la jalousie causée par la naissance d’un nouvel enfant, cette naissance étant une preuve évidente de l’infidélité de l’aimé ou de l’aimée ; sa propre tentative, tragiquement sérieuse, de donner lui-même nais­sance à un enfant a échoué piteusement ; la diminution de la tendresse dont il jouissait autrefois, les exigences croissantes de l’éducation, les paroles sérieu­ses qu’il se voyait adresser et les punitions qu’on lui faisait subir à l’occasion ont fini par lui révéler toute l’étendue du dédain qui était désormais son lot. Cet amour typique de l’époque infantile se termine selon un certain nombre de modalités qui reviennent régulièrement.

Sigmund Freud, Au-delà du principe de plaisir

mardi 13 juin 2017

On semble demander à la psychologie non pas des progrès dans le savoir mais on ne sait quelle autre satisfaction : on lui fait un reproche de chaque problème non résolu, de chaque incertitude reconnue.

Sigmund Freud, Nouvelles conférences d'introduction à la psychanalyse

lundi 12 juin 2017

Je ne sais plus où me mettre pour me supporter.

Marguerite Duras, La douleur

vendredi 9 juin 2017

J’aurais aimé pouvoir dire que je n’oriente pas les patients, mais ce n’est pas vrai. Un analyste commet une grande erreur en imaginant le contraire. Théoriquement, vous laissez aux patients suffisamment d’espace pour qu’ils racontent tout ce qu’ils veulent. Or, à vrai dire, votre simple présence déforme l’essentiel de la situation. Ils n’ont qu’à vous jeter un coup d’œil pour décider s’ils sont prêts à vous parler, ou s’ils ne le feront jamais, quelles que soient les circonstances.

Wilfred R. Bion, Quatre discussions avec Bion

jeudi 8 juin 2017

Au cours d'un colloque où il était déjà question de contre-transfert, à la formule alors réitérée : "le contre-transfert, c'est quand nous sommes touchés au vif" (formule dont il n'est pas indifférent qu'elle soit construite sur le modèle du "parapluie, c'est quand il pleut"), je m'entendais répondre : "Pas du tout, c'est quand nous sommes touchés au mort."

J.-B. Pontalis, Le vif et le mort entrelacés

mercredi 7 juin 2017

L'exploration de l'angoisse reste la vraie tâche de l'analyse.

Georges Favez, Etre psychanalyste

mardi 6 juin 2017

L'angoisse peut encore se dire, se monnayer en formation de symptôme, se moduler en représentations et fantasmes, ou se décharger dans l'agir. Il arrive qu'elle soit contagieuse ; la douleur, elle, n'est qu'à soi.

J.-B. Pontalis, Entre le rêve et la douleur

vendredi 2 juin 2017

La seule chose qui nous console de nos misères est le divertissement, et cependant c’est la plus grande de nos misères. Car c’est cela qui nous empêche principalement de songer à nous, et qui nous fait perdre insensiblement. Sans cela nous serions dans l’ennui, et cet ennui nous pousserait à chercher un moyen plus solide d’en sortir, mais le divertissement nous amuse et nous fait arriver insensiblement à la mort.

Pascal, Pensées

jeudi 1 juin 2017

Pour environ trois séances, l'ensemble de la psychanalyse est très utile - puisque vous ne savez absolument rien de plus, c'est tout ce sur quoi vous pouvez comptez de toute façon. Seulement, ce n'est utile que parce que cela doit vous permettre de dire quelque chose d'adéquat à la personne en question, en attendant de savoir avec qui vous êtes en train de parler.

Wilfred. R. Bion, Quatre discussions avec Bion

mercredi 31 mai 2017

Plus on avançait cependant dans cette voie, plus on se rendait compte de l'impossibilité d'atteindre pleinement le but qu'on poursuivait et qui consistait à amener à la conscience l'inconscient. Le malade ne peut pas se souvenir de tout ce qui est refoulé ; le plus souvent, c'est l'essentiel même qui lui échappe, de sorte qu'il est impossible de le convaincre de l'exactitude de la construction qu'on lui présente. Il est obligé, pour acquérir cette conviction, de revivre dans le présent les événements refoulés, et non de s'en souvenir, ainsi que le veut le médecin, comme faisant partie du passé. Ces événements revécus, reproduits avec une fidélité souvent indésirée, se rapportent toujours en partie à la vie sexuelle infantile, et notamment au complexe d’Oedipe et aux faits qui s'y rattachent, et se déroulent toujours dans le domaine du transfert, c'est-à-dire des rapports avec le médecin. Quand on a pu pousser le traitement jusqu'à ce point, on peut dire que la névrose antérieure a fait place à une nouvelle névro­se, à une névrose de transfert. Le médecin s'était efforcé de limiter autant que possible le domaine de cette névrose de transfert, de transformer le plus d'élé­ments possible en simples souvenirs et d'en laisser le moins possible devenir des objets de reproduction, d'être revécus dans le présent. Le rapport qui s'établit ainsi entre la reproduction et le souvenir varie d'un cas à l'autre. D'une façon générale, le médecin ne peut pas épargner au malade cette phase du traitement ; il est obligé de le laisser revivre une partie de sa vie oubliée et doit seulement veiller à ce que le malade conserve un certain degré de sereine supériorité qui lui permette de constater, malgré tout, que la réalité de ce qu'il revit et reproduit n'est qu'apparente et ne fait que refléter un passé oublié. Lorsqu'on réussit dans cette tâche, on finit par obtenir la conviction du malade et le succès thérapeutique dont cette conviction est la première condition.

Sigmund Freud, Au-delà du principe de plaisir

mardi 30 mai 2017

C'est ainsi que j'ai appris que dans tout fantasme ou pratique masochiste, il y a toujours un noyau de douleur psychique qui a été vécu et perdu.

Masud R. Khan, Du masochisme à la douleur psychique

lundi 29 mai 2017

La meilleure façon de comprendre la psychanalyse est encore de s'attacher à sa genèse et à son développement.

Sigmund Freud, "Psychanalyse" et "Théorie de la libido"

vendredi 26 mai 2017

On ne sait jamais ce que notre malchance nous a épargné de pire.

Cornac McCarthy

mercredi 24 mai 2017

Partager est parfois plus exigeant que donner.

Gregory Bateson

mardi 23 mai 2017

Le mouvement de la cure fait découvrir par quels détours la souffrance est produite, induite, inconsciemment recherchée par la sujet lui-même afin d'obtenir une prime de plaisir en un autre lien intrapsychique. La seconde topique en particulier autorise en ce sens une série d'échanges complexes dont le plus simple s'énonce ainsi : plaisir pour un système (le surmoi par exemple), déplaisir pour un autre (le moi par exemple).

J.-B. Pontalis, Sur la douleur (psychique)

lundi 22 mai 2017

Depuis que la cigarette n'est plus mortelle, je n'ai plus envie de fumer.

Parole rapportée du film "La conquête de la planète des singes", 1972. Scénario de Paul Dehn

vendredi 19 mai 2017

Un rien qui bouge et tout est changé.

Christian David, Nouvelle revue de psychanalyse n° 30

jeudi 18 mai 2017

La relation entre deux personnes est une affaire à double sens, et, pour autant qu'on se soucie d'en rendre compte, le problème n'est pas de discourir sur l'analyste et sur l'analysant, mais de se référer à quelque chose qui se trouve entre ces deux personnes.

Wilfred R. Bion, Quatre discussions avec Bion